La première grande conférence de presse de François Hollande

 

Mercredi 25 avril, François Hollande a tenu une grande conférence de presse, sur le modèle de celles qu’il organiserait une fois tous les six mois si il était élu président de la République. Retrouvez son intervention et ses réponses aux nombreuses questions des journalistes :

 

Mesdames, Messieurs, je voulais m’adresser en ce début de campagne de second tour aux Français et j’ai choisi la formule de la conférence de presse, d’abord parce que j’ai grand respect pour l’institution que vous représentez, indispensable dans la démocratie, et parce que je considère que la conférence de presse que nous tenons aujourd’hui avant une élection décisive pourrait être un rendez-vous régulier, si les Français m’en donnaient le mandat le 6 mai, pour rendre compte de l’action que je conduirai au nom de la République au service des Français et dont j’aurai à rendre compte devant eux, à travers une conférence de presse. Aujourd’hui, je n’en suis pas là. Je suis au lendemain d’un vote des Français, celui de dimanche, dont je vous dirai les conclusions que j’en tire, et avant un second tour qui permettra de désigner le prochain président, celui qui changera le destin de la France et aussi de l’Europe.

Avant de répondre à vos questions — et je vous laisserai tout le temps nécessaire -, je voulais revenir sur le scrutin de dimanche.

D’abord pour tirer la première leçon, c’est qu’il a considérablement mobilisé les Français. Le taux de participation est de 80 %. C’est l’un des plus élevés des dernières campagnes présidentielles, plus haut qu’en 2002, plus haut qu’en 1995, et presque aussi élevé qu’en 2007. Ce qui démontre que les Français veulent s’exprimer et veulent à l’occasion d’une élection présidentielle faire passer des messages essentiels.

La seconde leçon du scrutin, c’est que les Français — en tout cas 28,6 % d’entre eux — m’ont placé en tête au soir du 22 avril. C’est le meilleur résultat d’un candidat socialiste depuis longtemps, hormis ce qu’avait été la réélection de François Mitterrand en 1988. 28,6 %, c’est plus que ce que François Mitterrand lui-même avait fait en 1981.

La troisième conclusion du scrutin, c’est que le total des voix de gauche est à un niveau particulièrement élevé, en tout cas plus élevé bien sûr qu’en 2007 et qu’en 2002.

Tout cela confirme l’échec du candidat sortant, qui arrive non seulement en second, mais 5 points en dessous de ce qu’avait été son résultat en 2007. Jamais un président sortant, candidat à sa propre réélection, ne s’était trouvé dans ce cas de figure.

Le dernier message que j’ai reçu du scrutin, c’est le haut niveau du Front national, et en pourcentage — supérieur ce qu’avait été le score de Jean-Marie Le Pen en 2002 — et en nombre de voix. Les explications sont nombreuses. Il y a la crise financière, économique, sociale, industrielle, morale. Il y a aussi la défiance à l’égard de l’Europe, une peur du monde. Il y a aussi une prise de distance à l’égard de la parole politique, et notamment de celle venant des partis de gouvernement. Sûrement que l’accumulation des promesses non tenues y est pour beaucoup. Là encore, la responsabilité du candidat sortant est grande.

Chacun doit en tirer les enseignements nécessaires, pas simplement pour gagner la prochaine élection présidentielle, mais pour bien comprendre ce qui travaille notre pays, ce qui l’inquiète, ce qui le démobilise, le décourage. Et c’est en fait ce qu’aura aussi à régler le prochain président.

Il y a une volonté de changement aujourd’hui qui s’exprime. Et mon devoir, c’est de la traduire, non pas simplement comme un rejet, un refus, mais comme une capacité de nous redresser collectivement et de lever une espérance.

J’ai mesuré les souffrances qu’éprouvent bien de nos compatriotes. Les ouvriers, qui voient leurs usines et leurs ateliers fermer, les plans sociaux qui s’accumulent – nous venons d’apprendre un nouveau risque d’une entreprise de sécurité. Il y a aussi cette souffrance des petits entrepreneurs, des artisans, des commerçants, des agriculteurs, qui créent de la richesse et n’en ont pas la récompense. Et puis il y a ce malaise dans la ruralité, celui des agriculteurs mais aussi de ceux qui ont choisi de vivre là et qui ne trouvent pas la présence des services publics, qui voient l’accès à la santé s’éloigner, des infrastructures abandonnées et même l’accès aux hautes technologies remis en cause.

Tout cela crée une exigence, une exigence d’efficacité pour le prochain président. Ce qu’il dira devra avoir des traductions concrètes. Une exigence aussi de vérité, tant les promesses non tenues ont engendré les exaspérations, les frustrations, les colères. Une exigence de justice car il y a aussi dans les votes qui se sont prononcés – je pense également au bon résultat de Jean-Luc Mélenchon –, il y a cette revendication d’égalité. Une exigence, aussi, d’exemplarité au sommet de l’Etat pour que chaque citoyen se trouve considéré, respecté, et qu’au plus haut niveau, la retenue, la réserve, l’économie de parole et parfois de comportement puissent être la règle. Une exigence, aussi, d’espérance. Notre pays a besoin de se retrouver sur une cause qui permette à chacune et à chacun de se dépasser, de se retrouver, de se rassembler.

Et c’est pourquoi la prochaine élection doit être une victoire. Une victoire pour la France, pour son redressement économique, financier, budgétaire, industriel, pour son redressement aussi pour la transition écologique et, enfin, pour son redressement moral. Ce doit être une victoire, également, du changement, d’un changement qui doit être trouvé dans l’ensemble de la vie quotidienne et dans tous les domaines de la vie politique – qui doit évoluer, avec d’autres règles : le non cumul des mandats, l’introduction de la proportionnelle. Une évolution aussi dans les rapports entre les Français et la sécurité, la justice, pour plus d’indépendance, plus de rapidité. Changement et évolution également dans la vie économique et sociale où les décisions doivent être plus rapides. D’où aussi un changement de l’Etat et l’annonce que j’ai faite d’un nouvel acte de décentralisation.

Enfin, et ce sera mon dernier mot avant de vous laisser la parole, la victoire doit être aussi celle d’une Europe nouvelle. Je suis européen. Tout mon engagement politique s’est construit autour du projet européen que je ne sépare pas de l’ambition que j’ai pour mon pays, pour ma patrie, pas davantage de l’idéal qui est le mien comme Socialiste, comme homme de gauche. Les Français sont majoritairement européens. Ils l’ont toujours prouvé. Mais ils attendent une Europe qui respecte sa promesse : sa promesse de solidarité, sa promesse de progrès, sa promesse de protection. C’est au nom de cette promesse que j’ai annoncé ce que serait mon attitude au lendemain du second tour si les Français m’ont choisi comme président.

Je renégocierai le traité signé par le candidat sortant et les chefs d’Etat et de gouvernement. Je suis favorable au sérieux budgétaire, aux disciplines qu’il suppose. J’ai d’ailleurs déclaré il y a plus d’un an que l’équilibre devrait être trouvé à la fin de 2017 pour nos comptes publics. J’ai suffisamment déploré l’augmentation de la dette publique pour ne pas considérer aujourd’hui que sa maîtrise est indispensable si nous ne voulons pas laisser aux générations qui arrivent un fardeau : nous serions les seuls responsables. Et en même temps, la France ne retrouvera sa place dans l’Union européenne et son rang dans la mondialisation que si elle est capable d’infléchir le cours de la construction européenne, d’investir dans la croissance et dans l’emploi. D’où la dimension que je veux donner au futur traité, pour qu’il prenne la priorité de l’emploi, de la croissance, des grandes infrastructures. Et sur ce terrain-là, les choses ont déjà bien progressé.

Avant le premier tour, j’en avais quelque pressentiment. Des chefs de gouvernement qui ne sont pas tous socialistes – cela ne vous avait pas échappé – commençaient à dire qu’en définitive, ce que je portais, l’ambition d’une croissance, la volonté d’intégrer dans le traité davantage que les seules disciplines et les sanctions était un moyen plus efficace d’atteindre même l’objectif de maîtrise de la dette et de réduction des déficits. Au lendemain du premier tour, le résultat, le mien, a aidé – celui du président sortant aussi, reconnaissons-le – à libérer d’autres paroles. Je ne m’en plains pas. Et aujourd’hui beaucoup de chefs d’Etat et de gouvernement attendent l’élection française pour aussi ouvrir un certain nombre de discussions. Non pas que je veuille imposer, mais quand le peuple français s’exprime, il peut être entendu. Surtout s’il s’exprime sur une position juste, utile, que d’ailleurs bien des économistes aujourd’hui valident. Et beaucoup, y compris même certains à la tête d’institutions financières disent que sans la croissance il n’y aura pas la possibilité pour l’Europe. Et voilà que le président de la Banque centrale européenne, Monsieur Draghi, vient lui-même – et je n’essaie pas de récupérer son propos, je viens tout simplement le rappeler – de dire que le pacte budgétaire devait être complété par un pacte de croissance. Et il ajoutait même qu’il serait utile de revenir en arrière et de faire priorité de l’éducation, de la recherche, des grandes infrastructures. Le président de la Banque centrale européen sera utile, il l’est, pour permettre de soutenir la croissance à travers une politique des taux d’intérêt. Mais qu’il puisse lui aussi ajouter une voix à d’autres confirme bien que l’annonce que j’avais faite, que l’engagement que j’avais pris va faire de l’élection française une élection aussi décisive en Europe.

Au lendemain du scrutin j’adresserai un mémorandum à tous les chefs d’Etat et de gouvernement sur la renégociation du traité. Il comportera quatre points. D’abord la création d’eurobonds, non pas pour mutualiser les dettes, mais pour financer des projets industriels d’infrastructures dont les Etats détermineront l’ampleur. Le second point sera de libérer davantage de possibilités de financement de la Banque européenne d’investissement, de façon à ce qu’un certain nombre de grands dossiers qui sont déjà connus de cette banque puissent être financés. Le troisième point sera la création d’une taxe sur les transactions financières, avec les Etats qui en décideront, à un niveau qui permettra d’avoir une ressource supplémentaire pour l’Europe tout en assurant le financement d’un certain nombre de projets de développement. Enfin le quatrième point, c’est de mobiliser tous les reliquats des fonds structurels européens aujourd’hui inutilisés pour permettre d’accompagner là encore un certain nombre de projets venant des Etats et qui auront des retombées sur les entreprises. A ce mémorandum s’ajoutera un dialogue nécessaire entre les chefs d’Etat et de gouvernement et la Banque centrale européenne pour que nous puissions parer à toute reprise de la spéculation et faire que l’économie réelle puisse être financée. Vous savez que le principal risque en ce moment c’est que l’économie européenne reste dans une récession faute de pouvoir libérer des crédits pour les entreprises.

Nous avons besoin donc d’un financement de l’économie qui permette la reprise de la croissance. C’est tout l’enjeu des mois qui suivront l’élection présidentielle.

Mais avant, il y a le scrutin. Et j’en terminerai par là. C’est un choix entre deux personnalités, vous les connaissez maintenant, et quelques fois depuis longtemps. Choix entre deux conceptions de l’action publique, deux conceptions même de la République, deux projets. Mais il y a finalement un clivage qui s’ajoute à tous les autres. Le candidat sortant veut diviser, veut séparer, veut opposer. Le dernier exemple, c’est ce qu’il a pu déclarer sur le vrai travail et l’initiative qu’il a cru utile de prendre le 1er mai. Il crée là encore polémique, discorde, surenchère.

Je suis dans une autre démarche. Je suis socialiste, je suis de gauche, mais je veux rassembler les Français. Je veux les réconcilier, je veux les réunir, je veux les emmener vers ce qu’ils portent de meilleur dans leur histoire mais aussi dans leurs atouts d’aujourd’hui, dans leurs forces, et également dans leur avenir, c’est-à-dire la jeunesse. Voilà pourquoi j’ai confiance, à la veille de ce scrutin, et que c’est à partir de cette démarche-là de mon projet, de ma cohérence, de ma constance, que je me présente devant les Français et devant vous à l’occasion de cette conférence de presse.

 

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