Discours de Martine Aubry à Lille (17 avril)

 

 

Mes Chers amis, mes chers camarades, quel bonheur de nous retrouver ici, à Lille, avec vous tous, à cinq jours d’une élection qui peut tout changer en faisant de François Hollande le prochain président de la République française. Je salue avec un immense bonheur Elio di Rupo, Premier ministre de notre patrie frère la Belgique, mon ami, notre camarade, qui avec courage, détermination et intelligence a réussi là où tant avaient échoué pour redonner à la Belgique un avenir. Bravo cher Elio, je sais que la Belgique est fière de toi. Sache que tes amis français le sont aussi. Je salue le président du parti socialiste belge, Thierry Giet. Je salue chacun d’entre vous, bien sûr tous les militants, tous les sympathisants, tous ceux qui sont – et vous êtes tellement nombreux, jusque là-bas – nos élus et nos deux anciens Premiers ministres, Laurent Fabius et Lionel Jospin que nous sommes heureux d’accueillir, ce soir, ici. Je salue Jean-Michel Baylet, le président du Parti radical de gauche et tous nos amis et partenaires qui sont là ce soir. Je voudrais vous apporter le message de Pierre Mauroy. Il m’a chargé de vous dire qu’il était par la pensée, et bien sûr de tout cœur, avec nous. La seule chose qu’il regrette, c’est de ne pas pouvoir faire campagne. Mais dès dimanche, il ira voter. Il me l’a dit. Et comme nous, il attend la victoire. Et nous, nous attendons de le retrouver très vite à nos côtés, et le 6 mai pour la victoire de François.

Oui, vous êtes là, très, très, très nombreux, je crois qu’on peut le dire, ici, à Lille, terre du socialisme et du mouvement ouvrier. Vous êtes là ce soir aux côtés de François Hollande pour servir et honorer le combat d’une vie, la vôtre, mais aussi celle des générations de militants qui se sont battus avant nous, pour le progrès. Pour le progrès, voilà aussi l’enjeu du 6 mai 2012 pour lequel nous sommes réunis.

Je sais que François nous écoute. Alors je voudrais m’adresser à lui. Laisse-moi te dire François, au nom de nous tous et de millions de Français, combien ton engagement, ta détermination, ta force – ta force tranquille d’ailleurs, on l’a vu – ta dignité tout au long de cette campagne nous rendent tous fiers d’être socialistes, d’être de Gauche et aujourd’hui, fiers et heureux d’être à tes côtés dans cette dernière ligne droite vers la victoire. Ta force et ta détermination, la France en a besoin. Nous le savons, ici, dans le Nord-Pas-de-Calais où rien n’a jamais été donné, où tout a été gagné par la volonté, par le travail des femmes et des hommes de notre région. On a besoin de toi François à la tête de la République française. Je le dis aussi, à Lille, dont le maire Pierre Mauroy fut le Premier ministre de la mise en œuvre du changement que le peuple a voulu en 1981 : l’abolition de la peine de mort, la cinquième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans, la décentralisation, le pluralisme audiovisuel et tant d’autres avancées. Lille aussi où fut composée l’internationale, un chant qui a donné de la volonté et du courage à des générations de travailleurs. Un chant qui proclame que le monde doit changer de face, et la fraternité dépasser les frontières. Cela aussi c’est l’enjeu du 6 mai prochain.

Ce progrès, ce progrès, François Hollande le porte aujourd’hui pour que nous retrouvions la France qu’on aime ! La France qu’on aime, c’est la liberté qui doit rimer avec égalité pour donner à chacun les moyens de construire sa vie. La France qu’on aime, c’est la fraternité qui permet à chacun de donner le meilleur de lui-même à une société enfin réconciliée. La France qu’on aime, c’est la laïcité comme ciment du vivre ensemble. La France qu’on aime, c’est une voix respectée et écouté dans le monde, parce qu’elle agit pour la paix, pour la défense des droits de l’homme. La France qu’on aime, c’est la France que défend François Hollande.

Alors, François, aujourd’hui tu es le drapeau et la voix du peuple de France. Tu portes ses espoirs et lui, je le sais, te portera à l’Elysée. Ce peuple de France, c’est justement celui que craint le candidat sortant. Oui, il craint le peuple. Il craint le peuple parce qu’il voit venir la sanction de son bilan. Et pour une fois, il faut bien le dire, il voit juste. Jamais un président sortant n’a laissé un tel bilan, un tel fiasco économique et financier, un tel passif et une telle faillite morale. Il voulait être jugé sur ses résultats. Eh bien qu’il le soit, qu’il le soit dès le 22 avril. Il avait promis le « travailler plus pour gagner plus » ? C’est chômer plus et gagner moins ! Il avait promis la République irréprochable et la France des droits de l’homme ? Ce fut le régime de quelques-uns, fortunés et privilégiés, la mise sous coupe réglée de la justice, les atteintes aux médias et le dénigrement des syndicats. Vous l’avez remarqué, le candidat sortant a une stratégie : il veut à la fois être discret sur son bilan et rester secret sur son projet. Il fait tout pour travestir son bilan. Quelques exemples récents : quand l’Insee nous a annoncé 20 000 chômeurs de plus, pour les Français et notamment pour les 5 millions de Français qui sont inscrits au Pôle emploi, c’était bien sûr une mauvaise nouvelle. Eh bien lui nous a dit : « Cela va mieux. Il y a une baisse tendancielle de la hausse du chômage. » ! Formidable ! Le lendemain on apprend que la croissance est à l’arrêt. Alors pour nous tous, pour les salariés, pour les entrepreneurs, c’est l’inquiétude. La récession est à nos portes. Eh bien Monsieur Sarkozy, lui, nous dit : « C’est bien, cela aurait pu être beaucoup pire ». Bien sûr, bravo Monsieur le président, en effet. Et tout est à l’avenant. Le pouvoir d’achat : lui et ses amis de l’UMP, encore à la Concorde, dimanche, nous faisaient croire qu’il a augmenté, alors qu’aucun Français ne voit cela ni dans son caddy, ni dans son réservoir. La sécurité : ils affirment que les statistiques se sont améliorées. Vous le savez, jamais les agressions contre les personnes n’ont été aussi importantes que depuis que Monsieur Sarkozy s’occupe de la sécurité. Il a malheureusement empilé les lois tout en amputant les moyens. C’est exactement l’inverse qu’il aurait fallu faire.

Alors il veut repeindre son bilan en rose. Mais décidément, nous le savons, noir c’est noir et c’est bien ainsi qu’il en est. Alors pour essayer d’échapper à son bilan, Nicolas Sarkozy a essayé de relancer l’usine à promesses. Vous savez l’usine à promesses, c’est une des rares usines qui ne ferme pas avec Monsieur Sarkozy. C’est celle qui lui permet de réaliser des promesses. Mais là aussi, là aussi, ce n’est pas un grand succès. A chaque fois qu’on l’entend faire une nouvelle promesse, on se dit : « Tiens, dommage que le candidat Nicolas n’en ait pas parlé avant au président Sarkozy ! ». La France irait mieux aujourd’hui. Croyez-vous vraiment qu’il va taxer les exilés fiscaux, lui qui a divisé par trois l’impôt des grandes fortunes ? Non ! Croyez-vous vraiment que la nouvelle prime de 1 000 euros va arriver alors que le pouvoir d’achat a été décimé ? Croyez-vous à sa conversion de dernière minute, à l’encadrement des loyers qu’a proposé François Hollande, alors que Nicolas Sarkozy, il y a encore quelques semaines nous disait : « Cela n’a jamais marché, même à l’époque de l’Union soviétique » ? Et croyez-vous, croyez-vous qu’il va demander des objectifs de croissance à la Banque centrale européenne comme il l’a annoncé, dimanche, à la Concorde, lui qui n’a que le mot d’austérité à la bouche ? Vous ne croyez en rien dans les promesses de Nicolas Sarkozy ! Eh bien, rassurez-vous, les Français non plus – et ils vont lui dire ! Le 22 avril et le 6 mai, c’est à cette duperie, à cette tromperie, à cette supercherie que nous devons mettre fin, en effet. La politique a besoin de retrouver du crédit, et d’abord au plus haut sommet de l’Etat. Et c’est pour cela que des millions de Français, aujourd’hui, attendent François Hollande.

Alors en désespoir de cause, il reste à la Droite et au candidat sortant, la rhétorique de la peur. C’est toujours ce que va chercher la Droite quand elle ne sait plus quoi inventer. Ce n’est pas nouveau. En 1997 – tu t’en souviens, Lionel ? –, ils annonçaient que la Gauche priverait la France de la monnaie unique parce qu’eux n’arrivaient pas à la faire. Ils avaient d’ailleurs dissous l’Assemblée nationale pour cela. Eh bien nous, avec toi Lionel, nous l’avons fait tout en créant 2 millions d’emplois, en réduisant le chômage, en rétablissant l’égalité, la sécurité sociale. Avant encore, en 1981, ils promettaient les chars soviétiques place de la Concorde. Mais ceux qui, comme moi, ont vécu le 10 mai 1981, ont vu qu’il n’y avait pas de chars ! Mais il y avait le peuple de France, joyeux, heureux, derrière François Mitterrand, comme il le sera le 6 mai avec François Hollande ! Ce peuple, ils en ont peur, je l’ai dit, et ils savent bien que le 6 mai approche.

Alors la Droite cherche de nouveaux épouvantails. Un jour, c’est Monsieur Accoyer qui nous parle de guerre civile en cas de victoire de François Hollande. Un autre jour, Monsieur Coppé, toujours aussi modéré – vous le connaissez – annonce un « destin à la grecque ». Mais ça ne marche pas. Alors le troisième jour, et cela a permis de rappeler au pays qu’il y avait un Premier ministre, c’est Monsieur Fillon qui s’y met et qui nous brandit la menace d’une sanction des marchés financiers ! Oui, il y aura une sanction le 6 mai, mais pas celle des marchés financiers : celle du peuple de France contre celui qu’il veut désavouer ! Et puis le quatrième jour, c’est Sarkozy lui-même qui a prédit une France à genoux s’il est battu. Il ne manque pas de toupet – cela nous le savons.

Qui a mis la France à genoux ? Qui a perdu le triple A ? Qui a porté la dette à 85 % du PIB ? Qui a enregistré les déficits records du commerce extérieur, de la sécurité sociale et du chômage ? Qui a réduit notre influence en Europe ? Sarkozy ! Qui a abîmé notre image dans le monde ? C’est lui aussi. Voilà ! Vous avez la réponse et la France l’a aussi. Alors, attiser les peurs, diviser les Français, voilà ce qui leur reste. La Droite affole parce qu’elle s’affole. Elle fait peur parce qu’elle a peur. Elle a peur de perdre son pouvoir dont elle s’estime propriétaire. Elle a peur de perdre les privilèges pour ses clientèles. Voilà de quoi la Droite a peur. Alors bilan masqué, fausses promesses agitées ? Tout cela n’a qu’un seul objectif pour Sarkozy : occulter son vrai projet. Rester au pouvoir pour continuer, continuer en plus dur, continuer en plus injuste, continuer en pire la même politique au service des mêmes intérêts. Une nouvelle présidence Sarkozy serait pour la France une présidence sans limites, sans tenue et sans retenue.

Nous le savons car il a déjà fait voter l’augmentation de la TVA, qu’il a oublié de rappeler dans son projet. Nous savons que l’austérité est la marque de la continuité de sa politique. Il manque aujourd’hui 40 milliards d’euros dans les engagements qu’il a pris auprès de l’Europe. Nous ne savons pas encore si c’est la CSG ou la TVA qu’il augmentera de nouveau. Mais ce que nous savons avec certitude, c’est que ce ne sont pas les privilégiés, les grandes entreprises et les banques qui vont payer, ce sont les classes populaires, ce sont les classes moyennes. Nous n’en voulons pas, de cette austérité ! Et puis, le projet Sarkozy, c’est plus de précarité. Tout sera passé à la moulinette : l’école, l’hôpital public, la sécurité, le Code du travail, les services publics. Cela non plus, nous n’en voulons pas !

Alors oui, il est temps de tourner la page. Et la nouvelle page, nous le savons aujourd’hui, c’est François Hollande qui l’écrit. Vous le savez, il l’a annoncé avec précision : François Hollande est prêt. La France avec lui, c’est le redressement. Le redressement pourquoi ? Parce que l’objectif qui est le nôtre, son objectif, c’est l’emploi le matin, l’emploi à midi, l’emploi le soir. L’emploi et le pouvoir d’achat, voilà la priorité. Pour cela, il faut refaire de la France une grande puissance économique. Il faut remettre la finance au service de l’économie. Nous le ferons ! Il faut une nouvelle politique industrielle. Nous la bâtirons ! Il faudra renégocier le traité Merkel-Sarkozy. Nous le renégocierons ! Il faudra redonner du pouvoir d’achat, et François Hollande s’est déjà engagé à l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire, au blocage des loyers et de l’essence, à la grande réforme fiscale. Tout cela sera fait avant la fin de l’été. Et très concrètement, les conditions de vie des Français vont changer ! Il faudra soutenir l’emploi des jeunes avec les contrats de génération et les contrats d’avenir. Et il faudra protéger nos emplois et nos entreprises contre la concurrence déloyale et les délocalisations. Nous demanderons avec François à l’Europe la réciprocité des règles et des sauvegardes. C’est le juste échange que nous défendons.

Avec François, la France c’est la justice. Il l’a dit au Bourget : la justice, l’égalité, c’est notre mission de toujours. Justice fiscale, justice sociale, justice territoriale, oui, partout, dans toutes les réformes, la justice au cœur.

Nous agirons pour l’égalité des chances à l’école, pour l’accès de tous aux meilleurs soins, pour la sécurité partout. Et nous commencerons par faire justice à ceux qui ont commencé à travailler tôt en leur ouvrant à nouveau la retraite à 60 ans. C’est le premier décret que prendra François Hollande. Ce décret, mes amis, mes camarades, il est prêt, comme toutes les mesures qu’il a annoncées et qu’il prendra dès les premiers jours, avant même l’élection législative. François le dit, François le fera, et c’est dans quelques semaines maintenant !

Enfin, avec François Hollande, la France c’est le retour du progrès. Le retour du progrès, c’est le cœur même de son projet, c’est d’abord un avenir à la jeunesse de France. Car un pays n’a pas d’avenir lorsqu’il ne donne pas une place forte et la confiance à ses jeunes. Le progrès, c’est une France plus durable qui s’engage dans la transition énergétique et dans la protection de l’environnement. Mais le progrès, c’est aussi l’égalité des salaires entre les femmes et les hommes, et la parité pour tous. Le progrès, c’est d’ouvrir de nouveaux droits comme la sécurité sociale professionnelle. Et puis parce que, comme j’aime le dire, ce n’est pas à l’Etat de dire à chaque homme ou à chaque femme qui il doit aimer, mais c’est à l’Etat de permettre à chacun d’aimer qui il veut, il y aura le mariage et l’adoption pour tous les couples qui le souhaitent !

La France avec François Hollande — notre camarade belge l’a très bien dit — retrouvera son poids et sa voix dans le monde. La France, vous le savez, n’a jamais été aussi belle que lorsqu’elle a porté ses valeurs au-delà de nos frontières. Mais pour cela, il faudra d’abord les porter en notre sein. On l’entendra, la voix de la France, bien sûr en Europe. Mais on entendra aussi la voix de la France pour la reconnaissance d’un Etat palestinien qui puisse vivre aux côtés d’un Etat israélien en sécurité. On l’entendra sur le Mali, on l’entendra sur la Syrie. Vous avez vu, nous nous sommes associés à ce grand mouvement qu’a lancé la Ligue internationale des droits de l’homme, cette vague blanche pour dire stop à un homme, Bachar el-Assad, qui avait été reçu en grande pompe à l’Elysée et qui aujourd’hui tue et massacre son peuple. La voix de la France sera entendue quand François Hollande sera président de la République ! Et puis, il l’a dit, nos troupes reviendront d’Afghanistan avant la fin 2012, parce que ce n’est plus la solution.

François redonnera sa dignité et sa grandeur à la fonction présidentielle. Ce sera un président qui préfère les gens à l’argent, un président qui respecte les contre-pouvoirs, qui écoute les Français, en commençant par les syndicats, un président qui agit main dans la main avec les collectivités locales, et bien sûr un président qui rassemble. Oui, qui rassemble. Voilà ce dont a besoin la France aujourd’hui !

Voilà, mes chers amis, ce que je voulais vous dire à Lille. François Hollande est prêt. Il n’y aura pas une minute à perdre pour retrouver le chemin de l’avenir, de la justice et du progrès. Ce message, il nous reste cinq jours pour le porter sans relâche, de toutes nos forces et jusqu’au bout. Rien n’est gagné, rien n’est fait. Cinq jours pour convaincre que s’il y a deux tours, il n’y a qu’une seule élection, celle du président de la République. Le seul qui peut faire gagner la Gauche, le seul qui peut changer réellement le pays, c’est François Hollande ! Le vote de la victoire, c’est le vote Hollande, et dès le premier tour ! Voilà le message de Lille !

Cinq jours, aussi, pour convaincre ceux qui doutent encore d’aller voter. Dites-leur que l’abstention n’est pas la solution. Dites-leur : « Si vous voulez que ça change vraiment, votez pour le changement ! ». Votez pour le changement, vous les jeunes qui voulez que vos années de jeunesse soient les plus belles années de votre vie. Votez pour le changement, vous les ouvriers, les employés, les cadres, les entrepreneurs qui voulez garder nos usines et nos emplois en France, vous les agriculteurs qui voulez vivre dignement sur la terre que vous aimez, vous les fonctionnaires et les agents du service public qui voulez à nouveau servir l’intérêt général ! Votez pour le changement, vous les forces de la création et de la culture, vous les chercheurs qui voulez la confiance pour construire la France et le patrimoine de demain ! Votez pour le changement, les Françaises et les Français de métropole et des Outremers, des quartiers comme des campagnes. Tous ceux qui veulent effectivement retrouver la France que nous aimons !

Alors, chers amis, dès le premier tour, dès dimanche prochain, votez pour le changement, votez pour le candidat de la victoire, votez pour François Hollande !

Vive la République et vive la France !

 

 

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